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Alexandre Gady: «La loi d’exception votée pour Notre-Dame est inquiétante»

Portrait of Alexandre Gady (architecture historian, academic) 29/06/2017 ©Hannah ASSOULINE/Opale/Leemage

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Le président de l’association Sites & Monuments souligne le risque lié à la création d’un établissement public ad hoc sous la houlette du général Georgelin.

Vous avez été de ceux qui ont dénoncé, avant l’incendie de Notre-Dame, la lenteur des services de l’Etat face à l’urgence des rénovations à conduire. Que pensez-vous des travaux de sécurisation?

Il faut saluer l’extraordinaire mobilisation des équipes du ministère de la Culture et des entreprises: le travail sur l’édifice est, depuis trois mois, précis, efficace et rapide. On a renforcé les parties en pierre endommagées, on a mis l’édifice hors d’eau, protégé les œuvres d’art qui sont encore dans l’église, étayé les arcs-boutants, enfin déposé tous les vitraux, sauf les roses. C’est un travail au millimètre, réalisé dans des conditions parfois acrobatiques.

Cette semaine, le Parlement a finalement voté une loi créant un établissement ad hoc pour la restauration. Beaucoup d’experts y voient une couche administrative de plus. Etait-ce vraiment nécessaire?

Cette loi découle de la volonté d’Emmanuel Macron d’aller vite: en fixant un cap, ce qui était son rôle, le Président n’a pu s’empêcher de donner un calendrier - cinq ans -, ce qui était maladroit. Tout le mal vient de là, car les structures nécessaires pour conduire ce chantier existent déjà. Le choix de confier ce nouvel organisme à un militaire, le général Georgelin, illustre cette mécanique «jupitérienne». Plus inquiétant, l’article 9 de cette loi d’exception prévoyait, dans la première version du texte, de déroger à la quasi-totalité des codes qui s’imposeraient en pareil cas, en particulier le code du patrimoine, disposition heureusement abandonnée en seconde lecture au Parlement. Mais le mal est fait: pour le citoyen ordinaire, le chantier de Notre-Dame bénéficiera de dérogations. Dans le contexte actuel, c’est une faute politique.

Qui sera le patron, Jean-Louis Georgelin ou le ministère de la Culture, en l’occurrence la direction d’Ile-de-France?

Le nouvel établissement public a été placé sous la tutelle de la Rue de Valois, ce qui est sage. Les équipes du ministère, qui se sont mobilisées à fond, sont en effet celles qui connaissent le mieux les enjeux du chantier. Le général Georgelin aura le lien direct avec Macron. C’est un attelage qui peut être efficace… ou pas.

Comment voyez-vous la suite du chantier, une fois achevée la phase de déblaiement et de consolidation des structures?

«Je suis favorable à la création d’un « musée de l’œuvre » dans les espaces libérés de l’Hôtel-Dieu»

Passé la phase actuelle, avec le beau travail des experts, architectes, archéologues et historiens de l’art, viendra le temps du projet architectural: quel type de charpente restituer, et avec quel matériau (le bois n’étant qu’une option)? Et surtout, quelle flèche? Celle de Viollet-le-Duc, c’est-à-dire le dernier état connu, ou celle issue d’un concours d’architecture international, potentiellement lourd de polémiques, donc de retards? Espérons que la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture sera saisie sur ce point: c’est l’organisme consultatif majeur dans ce processus.

Mgr Aupetit a rappelé que la cathédrale était «un lieu cultuel et non culturel». Peut-il perdre le contrôle de Notre-Dame de Paris?

Cela semble inenvisageable, mais les murs ne lui appartiennent pas et l’époque est au règne de l’argent: il est donc utile que l’archevêque puisse siéger dans au conseil d’administration de ce nouvel établissement public.

Les instances catholiques, mais pas seulement, craignent une marchandisation des abords de la cathédrale. Cette crainte est-elle fondée?

Comme beaucoup, je suis favorable à la création d’un «musée de l’œuvre» dans les espaces libérés de l’Hôtel-Dieu pour y présenter toutes les œuvres qui se rattachent à Notre-Dame, et dont certaines sont dispersées dans divers musées en France. Or, pour l’instant, il n’en est plus question et l’opérateur qui a remporté le concours de l’Hôtel-Dieu a signé un bail pour quatre-vingts ans. Une occasion unique va être perdue, c’est désolant pour la culture.

D’autres projets commerciaux auront-ils un impact pour le parvis de la cathédrale?

On se souvient de l’inquiétant projet de Dominique Perrault, en 2016, qui transformait l’île de la Cité en vaste zone commerciale. Le parvis notamment était touché. Restons vigilants.


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Je vous demande, Monsieur le Président, Monsieur le Ministre de la Culture, de renoncer immédiatement à vos projets et de faire restaurer Notre-Dame à l’identique.


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